L'Europe contre la Chine ? par François Kemper

C'est un constat et une frustration. L'Union européenne n'a jamais semblé aussi petite face à l'immense Chine. Pire: inexistante. Comme si elle tremblait à l'heure d'un éveil qu'elle salue mais qu'elle redoute depuis si longtemps. A l'approche des Jeux Olympiques, la première puissance économique du monde montre cruellement ses limites politiques quand vient le temps de se mesurer à un régime qui défie sans complexes toutes ses valeurs démocratiques. Elle a pourtant un combat pacifique, mais décisif, à mener. Maintenant. Car le rendez-vous de 2008 ne se représentera pas de sitôt. Et voilà qu'elle reste pétrifiée. Comme si elle redoutait l'inévitable bras de fer. L'Europe contre la Chine? Sur le terrain des valeurs, elle ne doit pas redouter l'affrontement. C'est son intérêt.

Mais chacune de ses forces fait plutôt ses comptes, sans gloire, jaugeant son attitude vis-à-vis de Pekin à l'aune des conséquences commerciales qu'elle pourrait provoquer. Une crainte désordonnée, vaguement paniquarde, suinte de cette hésitation là, quand le Tibet - mais aussi le sort des libertés d'un milliard et demi de Chinois - appellent une position commune simple, sereine et déterminée de notre continent tout entier. Tout le contraire de la dispersion de comportements et de déclarations qu'offrent aujourd'hui les dirigeants de l'Union.

Angela Merkel a déjà annoncé qu'elle n'assisterait pas à la cérémonie d'ouverture du 8 août, Gordon Brown, lui, y sera quoi qu'il arrive, et Nicolas Sarkozy laisse planer le doute tout en prenant bien soin de ne pas froisser ses "amis" chinois, jouant dangereusement avec l'ambiguité au risque de s'exposer aux cafouillages des prises de parole gouvernementales. Mais à aucun moment, jusqu'à présent, ni Londres, ni Berlin, ni Paris, ni Madrid, ni Rome, n'ont osé aborder le dossier dans une optique européenne. Comme si la résignation à une sorte d'impuissance collective faisait son oeuvre. Chacun pour soi. Chacun ses intérêts. Chacun ses contrats... En termes sportifs, chacun joue perso.

L'Europe ne se construira pas sur de telles dérobades. La Chine ne la respectera que si elle ose lui tenir tête. En cherchant à l'humilier à la marge au gré des humeurs de leurs opinions respectives, les grands pays européens risquent surtout de perdre la face puisque, de toutes façons, leur athlètes finiront par aller à Pékin. Ils doivent être bien conscients que cet aveu de faiblesse écornera une certaine image de l'Occident dans le monde asiatique. Et sa crédibilité.

Il faut contrarier ce scénario prévisible. La France, qui présidera l'Union au moment des Jeux, doit saisir l'occasion de fédérer ses partenaires européens autour d'une stratégie commune aussi subtile que ne l'est l'approche conquérante de leur grand adversaire. Lucidement et sans mièvrerie. Symbole de paix et d'universalité, ces Jeux seront - qu'on le veuille ou non - un combat de civilisation. Un instant du XXème siècle, où il faudra prendre ses marques. Où l'Europe, et tout ce qu'elle représente pour le monde, devra lutter pied à pied pour défendre ce qu'elle a de plus précieux: son âme. Après les compétitions, il sera trop tard. Définitivement trop tard.

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